Un Jour sans fin
Écrit par Clochette Lafait   
Vendredi, 04 Juin 2010 16:39

Je viens de fêter ma cinquième année.

 

Je suis une enfant pleine de vie et souriante. Je saute partout. J’adore danser, jouer à la dame, me déguiser, porter les vêtements et chaussures de maman comme pour dire que je me languis d’être une grande…

Un jour, pourtant, je pique une colère.

J’ai de bonnes raisons pour cela. Je tape des pieds. C’est ma façon à moi de dire mon insatisfaction.

C’est la première fois et ça me fait du bien.

Comment faire autrement, du haut de mes petites années ?

Pourtant, autour de moi, j’entends la réprobation.

Des gens, que j’aime, disent de moi que je suis devenue une enfant colérique…

Je suis une enfant colérique, mais toujours pleine de vie, joueuse et espiègle à qui, quelqu’un, dit, un jour, quelque chose d’injuste.

Alors, je boude. Je me ferme, juste le temps de laisser ces paroles blessantes passer sans trop m’écorcher. Pour protéger cette vie encore intacte dont j’ai tant besoin.

Mon entourage montre du doigt cette petite qui est devenue si susceptible !

Je suis une enfant colérique et susceptible.

La vie que j’aime se retire un peu, parfois, à mon insu. Je le sens bien.

Je danse et je joue encore, mais à l’abri des regards.

A l’école, hier, j’ai fait beaucoup de fautes. La dictée était dure. Mes parents m’ont dit que je n’étais pas une littéraire.

Peut être que les maths me sauveraient… Sinon, qu’allait-on faire de moi ?

Je suis devenue cette enfant colérique, susceptible et qui ne peut pas poser sur du papier les belles choses qu’elle porte dans son cœur.

On n’écrit pas avec des chiffres. On calcule seulement.

Et la petite enfant n’est plus.

Elle danse, elle chante, mais très loin, dans un recoin d’elle-même.

A l’abri de tous.

Elle a disparu, au trois quart dissimulée derrière les étiquettes, que chacun, jour après jour, est venu apposer sur ses rires, sur ses jeux. Après tout, ces étiquettes lui vont bien, puisqu’elles portent la marque de gens attentionnés, crédibles à ses yeux. Heureusement que ces personnes sont là, présentes, pour l’aimer comme elle est…

D’un seul instant, nous bâtissons une vie. Parce que nous nous identifions à une sentence. Parce que nous nous approprions le jugement d’autrui.

 

Bien-sûr, pendant un instant, nous avons pu être peureux ou courageux, craintif ou ambitieux.

Bien sur nous avons fuis ou nous avons su faire face. Nous avons été remarquables ou pitoyables, joyeux ou taciturnes.

Un instant, qui n’était pas fait pour durer. Le lendemain, dans la même situation, nous aurions été totalement différents.

Mais il est trop tard.

L’étiquette est déjà collée et nous masque la vue sur ce que demain sera.

Ainsi, nous construisons notre monde, nous déplaçant avec ces valises pesantes que d’autres ont garni pour nous. Ces lourds bagages qu’on nous a confiés, et qui, à présent sont les nôtres. Il y a aussi les conclusions que l’on tire de certaines de nos expériences vécues. A notre tour nous remplissons ces bagages. Nous sommes des faits. Et nous sommes défaits.

Comment en est-on arrivé à oublier ? Oublier que nous ne sommes que changement, alternance, fluidité. Que nous ne faisons qu’emprunter aux cycles le mouvement de la vie elle-même. Mouvement planétaire, changement d’énergie, état particulier d’un instant…

 

Si nous oublions ce que nous étions hier, nous pouvons être ce que nous sommes vraiment aujourd’hui, sans la moindre attente sur ce que nous serons demain. Mais notre mental nous ramène à ce que nous avons été hier pour le reproduire aujourd’hui. Nous sommes fidèles à nos fixations. Ce que nous sommes en cet instant n’est valable que dans l’instant. Ce n’est pas reproductible, prolongeable.

 

Nous avons la possibilité d’effacer notre histoire personnelle et de stopper le monde, pour nous renouveler, sans fin.

 

Je viens de fêter ma trente neuvième année et j’écris ces quelques mots…..

 

Commentaires  

 
0 # Fruimb-web 21-09-2010 12:47
Merci pour cette information interessante
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+3 # diane 09-02-2011 02:03
un jour que je me baladais, je m'assois à une terrasse de café. j'y rencontre un homme, doux, reposé, qui se présente à moi avec un gros classeur. "Bonjour, me dit-il, je suis poète. J'ai photocopié mes poèmes, et tu peux m'en acheter une, ou plusieurs, ou m'offrir un café.." J'en ai lu plusieurs. J'ai gardé ce qui me paraissait être le nectar. Nous avons partagé l'argent que j'avais dans la poche, et nos chemins se sont décroisés. Je ne sais ce que sont devenues les photocopies. Perdues? Offertes? Or, ce court poème est resté gravé dans ma mémoire, se bonifiant année après année :

"si tu peux exister,
sans cette nécessité que l'on t'aime,
alors tu as gagné,
l'essence de ton être."

(il me semble qu'il signait Simon).

;)
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